Berthe Sire, artiste peintre oubliée

ARTICLE EN COURS DE RÉÉCRITURE

Il y a quelques semaines, alors que je cherchais des publications concernant la commune de Montlaur sur Gallica, je suis tombée sur le catalogue de la 48ème exposition de la Société des Amis des Arts de Bordeaux.

Parmi les artistes exposés en cette année 1900, on trouve :

oeuvre de Berthe Sire, peintre née à Montlaur

SIRE (Mlle BERTHE), née à Montlaur (Aude).
A Bordeaux, rue des Trois-Conils, 42.
523. – Portrait de Mme D.

Dès lors, ma curiosité était piquée et je devais essayer d’en apprendre plus sur cette demoiselle Berthe Sire.

De Montlaur à Bordeaux

Une recherche sur le site des Archives Départementales de l’Aude m’a rapidement appris que Fortunée Berthe Antonia Sire est née à Montlaur le 4 mai 1858.

Ses parents sont Pierre Prosper Sire et Joséphine, Amélie, Agathe, Fortunée Calmettes (ou Calmètes), un couple au destin mouvementé dont je vous conterai l’histoire prochainement.

acte de naissance de Berthe Sire

Berthe a un frère et une sœur. Entre 1858 et 1860, vraisemblablement, toute la petite famille quitte Montlaur et finit par s’établir à Bordeaux.

Tout au long des années 1860 et 1870, les traces de Berthe sont difficiles à suivre mais elle reçoit sans nul doute une éducation artistique poussée.

Une portraitiste reconnue

Au recensement de 1881, elle loge avec ses parents, leurs employés ainsi que son frère et son épouse au 124 rue Notre Dame. Elle est présentée comme professeure sans indication quant à la discipline enseignée.

Le 12 octobre 1884, Berthe, alors âgée de 26 ans, fait paraître une petite annonce dans le quotidien La Gironde. Elle propose des cours de dessin et de peinture à son domicile du 26 rue Sainte Colombe à Bordeaux. L’étude du recensement de 1886 dévoile que Berthe y vit avec sa mère Fortunée, veuve depuis 5 ans.

Toutefois, Berthe Sire ne se contente pas d’enseigner le dessin et la peinture. Portraitiste appréciée de la bourgeoisie bordelaise, ses tableaux sont cités dès 1891 dans La Petite Gironde mais il faut attendre 1894, pour que le quotidien régional lui consacre un bref article, plutôt élogieux.

critique Berthe Sire, peintre

Beaux-Arts.
A voir chez les demoiselles Duchemin un portrait d’enfant d’une souple et large facture, dans une gamme très heureuse de tons. Ajoutons que l’oeuvre est d’une ressemblance très expressive. Elle est signée Berthe Sire, et comptera parmi les meilleures de l’artiste.

L’année suivante, en 1895, elle présente deux portraits au salon des Beaux Arts dans le cadre de la XIIIème exposition organisée par la Société Philomathique de Bordeaux. Un article de La Petite Gironde les classe dans la catégorie « art moderne ». Le journal Le Pays, quant à lui, nous en dit un peu plus sur l’un des deux portraits présentés.

critique tableau Berthe Sire 1895

– Mlle Berthe Sire, a fait de Mlle X… avec une finesse de pinceau tout à fait caressante, un portrait qui donne bien envie de connaître le joli original.

Dès lors, Berthe Sire expose régulièrement ses œuvres dans divers salons : en 1896 au Salon Bordelais, en 1900, 1903 et 1904, au Salon des Amis de Arts. Enfin, en 1907, elle participe au Salon des Femmes artistes.

Dans le même temps, elle retient l’attention des galeristes et notamment de la maison Imberti comme en témoigne cet article publié dans La République Nouvelle.

critique Berthe Sire peintre

Mlle Berthe Sire, dont tout le monde à Bordeaux apprécie le talent de portraitiste, aussi souple que délicat, vient d’exposer chez M. Imberti, cours de l’Intendance, le portrait de Mme T…, qui se distingue tout d’abord par le modelé de la figure et la finesse expressive de la physionomie.
Cette oeuvre, qui compte parmi les bons portraits de l’artiste, retient, et c’est justice, l’attention des connaisseurs.

Une professeure d’art

Tout au long de sa carrière d’artiste, Berthe Sire continue d’enseigner le dessin et la peinture mai aussi le piano. Ainsi, en 1904, 1906, 1909, 1911, et 1913, elle figure dans l’Annuaire du tout Sud-Ouest illustré.

Berthe Sire, professeure de dessin et de piano à Bordeaux

Si l’artiste donne des cours particuliers, elle est également professeure à l’Ecole municipale des Beaux Arts de la ville comme en atteste cette pétition adressée au Maire de Bordeaux dont elle est co-signataire.

Il semblerait que Berthe Sire ait acquis une petite notoriété en tant qu’artiste et professeure de peinture, car en 1912, dans le catalogue d’une exposition parisienne, on trouve une notice concernant Augusta Laborde, portraitiste originaire de Bordeaux et qui se revendique élève de Mlle Berthe Sire.

Berthe Sire, professeure de dessin

En recoupant les informations fournies par l’Annuaire du tout Sud-Ouest avec celles des recensements de la période considérée, on apprend qu’elle habite quelques années au 42 rue des Trois-Conils à Bordeaux.

Elle y habite d’abord avec sa mère (recensement de 1891 et 1896) jusqu’au décès de cette dernière le 24 février 1899. Elle héberge ensuite son frère Georges ainsi que sa femme Marie et leur fille Germaine (recensement de 1901). Marie et Georges décèdent à quelques mois d’intervalles en 1900 et 1901. Berthe vit désormais seule avec sa nièce Germaine (recensement de 1906).

Le 15 juin 1906, Germaine épouse Paul Desclaud directeur d’usine à Cestas et ingénieur aux inventions couronnées de succès. Les jeunes mariés s’installent à Talence. Berthe part alors vivre chez eux, d’abord 265 route de Toulouse (recensement de 1911), puis 332 Cours Gambetta (recensement de 1921 et 1926).

La Première Guerre Mondiale qui bouleverse le quotidien des Français ne permet plus de suivre sa carrière et même une fois le conflit terminé, c’est uniquement au travers des recensements et des registres d’état-civil que l’on peut suivre la fin de sa vie.

Une anecdote, toutefois, vient rompre le manque d’informations. Par fantaisie artistique peut-être, ou par nostalgie pour son village, Berthe Sire ajoute une particule à son nom et devient Berthe Sire de Montlaur dans l’avis de décès de l’un de ses petits neveux, Jacques.

Toujours restée célibataire, elle décède à Talence le 3 septembre 1940, à l’âge de 82 ans. Elle est inhumée au cimetière communal.

Je n’ai malheureusement trouvé aucune reproduction de ses tableaux sur internet et même les spécialistes de l’art semblent avoir oublié cette portraitiste puisque je ne l’ai trouvé mentionné dans aucun répertoire de référence.

Et vous, aviez-vous déjà entendu parlé de Berthe Sire ?

SOURCES :

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